L'IA basée sur les agents dans l'industrie : où va la Suisse ?

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Quels changements cela entraînera-t-il lorsque l'IA ne se contentera plus de fournir des réponses, mais prendra en charge certaines tâches ? Le groupe thématique « Digital Industry » de la SATW met en lumière le potentiel de l'IA basée sur des agents, du traitement administratif des commandes à la collaboration entre les humains et les robots intelligents. Il s'agit également de répondre à la question stratégique suivante : quel rôle la Suisse peut-elle et souhaite-t-elle jouer dans cette évolution ?

Dans l'Industrie 5.0, les humains, les agents d'IA et les systèmes physiques intelligents collaborent de plus en plus en équipe. Photo : ThisisEngineering, Unsplash.

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Les points essentiels en un coup d'œil

  • L'IA basée sur des agents va au-delà des systèmes d'assistance classiques: elle ne se contente pas de fournir des informations, mais planifie, coordonne et exécute des tâches dans un cadre défini.

  • Les premières applications industrielles démontrent d’ores et déjà une utilité concrète : l’entreprise Change3D a ainsi pu automatiser une partie du traitement administratif de ses commandes et réduire considérablement la charge de travail.

  • L'avenir de l'industrie ne réside pas uniquement dans les systèmes d'IA autonomes, mais dans l'interaction entre les humains, les agents d'IA et les systèmes physiques intelligents tels que les robots. Les objectifs, la supervision et la responsabilité restent entre les mains de l'humain.

  • Le recours à l’IA basée sur des agents soulève des questions sociétales : des thèmes tels que la création de valeur, les compétences, l’emploi et la répartition des gains de productivité doivent être abordés de manière proactive.

  • Pour la Suisse en tant que pôle industriel, différentes voies s’ouvrent pour l’avenir: de la perte de compétitivité industrielle à la dépendance technologique, en passant par une Industrie 5.0 souveraine, qui développe et contribue à façonner ses propres compétences en IA et en robotique.

Le groupe spécialisé « Digital Industry » de la SATW lance un nouveau format : désormais, chaque réunion sera consacrée à un thème prioritaire, dont les principales conclusions seront présentées dans un article d’actualité. Cette initiative vise à renforcer la visibilité des échanges au sein du groupe spécialisé et à informer l’industrie suisse ainsi que la communauté de la fabrication avancée des développements technologiques pertinents. Pour commencer, le groupe spécialisé se penche sur un sujet qui va bien au-delà de l’automatisation classique : l’IA basée sur des agents et son rôle potentiel dans l’industrie de demain.

D’un exemple pratique à une question d’avenir

Change3D, un fournisseur suisse de fabrication additive (impression 3D), a pu automatiser une partie du traitement administratif de ses commandes grâce à l’intelligence artificielle. L’entreprise réalise ainsi un gain de temps considérable. Selon Kevin Seliner, directeur commercial de Change3D, le gain de temps annuel équivaut à environ 1 200 heures de travail.

Cet exemple montre que les avantages de l’IA ne se traduisent pas nécessairement par une usine entièrement autonome. Elle peut déjà contribuer, dans le traitement des commandes, à réduire considérablement la charge de travail manuelle. Dans le même temps, on peut se demander ce qui deviendra possible lorsque l’IA ne se contentera plus de soutenir des activités isolées, mais prendra en charge des processus interconnectés.

De la numérisation à l’autonomisation

C’est cette perspective d’avenir qu’a osé envisager le Dr Dominic Gorecky, directeur de la Swiss Smart Factory (SSF) au Switzerland Innovation Park de Bienne et cofondateur du Swiss Cobotics Competence Center (S3C), dans son exposé intitulé « Industry 5.0 : Vision & Future Outlook ». Dans son modèle, l’Industrie 4.0, avec ses machines connectées, ses flux de données continus et ses processus intégrés, constitue la base. L’Industrie 5.0 s’appuie sur cette base et l’enrichit d’une perspective résolument centrée sur l’humain, ainsi que de technologies telles que l’IA générative, les agents IA et l’IA physique. La prochaine étape de développement mène ainsi de la simple numérisation à l’autonomisation des processus et des systèmes.

Les tâches individuelles et automatisées se transforment en flux de travail interconnectés et en lots de travail complets. La vision « Une instruction, unlot de travail » décrit des systèmes qui, dans un cadre prédéfini, planifient, exécutent, vérifient et améliorent le travail. Ainsi, à l’avenir, une seule instruction pourrait par exemple déclencher le développement d’un nouveau produit – depuis l’analyse des exigences jusqu’à la simulation, la documentation et la préparation de la production, en passant par la conception et la construction. Un scénario similaire est envisageable pour des commandes clients complètes, la planification de la production ou l’optimisation d’une ligne de fabrication.

Il s’agit là d’une orientation de développement et non d’une promesse d’autonomie illimitée. Les objectifs, la supervision et les décisions finales restent du ressort de l’humain.

De la numérisation à l'autonomisation : l'Industrie 5.0 s'appuie sur les fondements de l'Industrie 4.0 et les complète par des approches centrées sur l'humain ainsi que par des technologies telles que l'IA générative, les agents IA et l'IA physique. Photo : Dominic Gorecky, Swiss Smart Factory (SSF).

Équipe Industrie 5.0

Ce n’est pas une technologie unique qui est au cœur de cette approche, mais l’interaction entre trois acteurs : l’humain assisté par le numérique, l’agent d’IA et l’IA physique.

Au cœur de l'Industrie 5.0 se trouve l'interaction entre l'homme, l'agent d'IA et l'IA physique. Ce n'est pas la technologie en soi qui est déterminante, mais la collaboration efficace entre ces différents acteurs tout au long de la chaîne de valeur. Photo : Dominic Gorecky, Swiss Smart Factory (SSF).

L'opérateur « augmenté » apporte son expérience, son expertise et son sens de l'analyse. L'assistance numérique et l'IA ont pour but de l'aider à exploiter les informations, à prendre des décisions et à mener à bien ses tâches.

L’agent IA traite des tâches numériques et coordonne les étapes de travail. Contrairement à un simple système de dialogue, il ne doit pas seulement formuler des réponses, mais contribuer à l’exécution du travail dans le cadre de compétences définies et en interaction avec l’humain et d’autres agents IA.

L’IA physique relie ces capacités des agents IA au monde réel. Des systèmes autonomes composés de capteurs et de robots prennent ainsi en charge des tâches physiques au sein de l’entreprise et protègent ou soulagent les humains dans leur travail.

La question cruciale n’est donc pas de savoir ce qu’un système d’IA peut accomplir à lui seul, mais comment les humains, les agents numériques et les systèmes physiques forment une équipe fiable.

De nouvelles questions sociétales

Cette perspective ouvre la voie à des processus plus productifs, plus adaptables et centrés sur l’humain. Une mise en œuvre réussie nécessite une stratégie globale. L’«équipe Industrie 5.0» a besoin d’une base solide en matière de données et de technologies, de responsabilités clairement définies et de compétences adaptées pour gérer en toute connaissance de cause les risques qui en découlent.

La discussion au sein du groupe d’experts « Digital Industry » de la SATW a dépassé le cadre de l’efficacité opérationnelle. En effet, lorsque la valeur ajoutée jusqu’alors générée par les humains est de plus en plus assurée par l’IA numérique et physique, cela concerne la société dans son ensemble. Il ne s’agit plus seulement d’accomplir plus rapidement le travail existant, mais aussi de comprendre comment les tâches, les rôles et la répartition de la valeur ajoutée évoluent.

Cela soulève des questions fondamentales : à qui profitent les gains de productivité ? Comment les personnes continuent-elles à participer à la création de valeur ? Quelles compétences seront nécessaires à l’avenir, et comment les salariés pourront-ils réussir cette transition ? Une Industrie 5.0 centrée sur l’humain ne naît pas automatiquement de l’utilisation de nouvelles technologies. Elle doit être conçue de manière réfléchie.

Trois scénarios pour la Suisse

Afin de mettre en évidence les conséquences découlant de l’initiative «Team Industrie 5.0», Dominic Gorecky a formulé trois visions d’avenir extrêmes pour la place industrielle suisse : la Suisse prend du retard, devient dépendante ou joue un rôle déterminant. Ces scénarios doivent être considérés comme des pistes de réflexion visant à lancer le débat sur une orientation durable de l’IA.

  • Le musée alpin. La production industrielle en Suisse est de moins en moins compétitive et disparaît progressivement du pays. Il ne reste alors plus que les services, l’agriculture et le tourisme. L’image de ces usines désaffectées symbolise une place économique qui attend trop longtemps et perd ainsi une partie essentielle de sa valeur ajoutée industrielle.

  • La colonie d’IA. L’industrie utilise l’IA, mais s’approvisionne en technologies clés à l’extérieur et ne développe pas suffisamment ses propres capacités. Dans ce scénario, une modernisation a certes lieu, mais les décisions technologiques essentielles et une partie de la valeur ajoutée se situent en dehors de la Suisse. La place économique est un simple utilisateur, mais ne participe pas à façonner le développement.

  • L’industrie souveraine. La Suisse façonne une Industrie 5.0 autonome et associe sa base industrielle à ses propres compétences en IA et en robotique. Dans cette vision d’avenir, les humains, les agents d’IA et les systèmes physiques travaillent ensemble ; la durabilité, la résilience et l’approche centrée sur l’humain font partie intégrante du renouveau industriel. La souveraineté ne signifie pas pour autant qu’il faille fabriquer soi-même chaque composant. Ce qui est déterminant, c’est de comprendre les technologies clés, de participer à leur conception et de les utiliser de manière autonome.

C’est la volonté qui fait la différence

Une conviction centrale s’est dégagée de ces échanges. La Suisse a le potentiel de suivre le rythme de cette évolution. Ce qui est déterminant, c’est de savoir si la volonté de numérisation se traduira également par des actions concrètes. Cela implique de continuer à développer les infrastructures numériques, de tester des applications adaptées, de renforcer les compétences et d’impliquer les collaborateurs.

Ce n’est pas seulement la technologie qui déterminera si la Suisse deviendra un musée alpin, une colonie d’IA ou une industrie 5.0 autonome. Il s’agit également de la volonté d’assumer la responsabilité de son propre avenir industriel. La question « Quo vadis, Suisse ? » est donc avant tout une invitation à participer activement à cette évolution.

Contributeur·rice·s

Rôle Titre + Nom
Texte par Dominic Gorecky
Expertise Manuel Kugler, Guido Piai, Daniel Schmid