La cybercriminalité en Suisse : qui est attaqué et comment ?

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Les statistiques sur les actions des cybercriminels fournissent des informations intéressantes sur les dangers actuels dans l'espace numérique. Les particuliers et les entreprises sont concernés par d'autres formes d'attaques que l'infrastructure critique. Le présent texte met en évidence des tendances et un graphique interactif permet d'effectuer des analyses approfondies des cyberincidents au fil du temps.

Le cliché du pirate informatique est trompeur : en matière d'attaques contre les particuliers et les PME, ce n'est pas le piratage qui domine, mais la cyberfraude, avec près de 40 000 cas en 2025. Image : Kevin Horvat, Unsplash.

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Les points les plus importants en un coup d'œil

  • La cyberfraude domine les statistiques criminelles avec près de 40'000 cas recensés en 2025 - bien plus que tous les autres cyberdélits réunis.
  • Le phishing a quintuplé depuis 2021 et atteint plus de 7 400 cas en 2025 ; la fraude au CEO est une variante particulièrement actuelle.
  • Les infrastructures critiques sont attaquées différemment : Pour elles, le piratage (20 %) arrive en tête, suivi du vol de données d'accès, des attaques DDoS et des logiciels malveillants. Les secteurs les plus touchés sont les administrations publiques (25%), les fournisseurs de services informatiques et de télécommunications (18%), le secteur financier et des assurances (16%) et les fournisseurs d'énergie (12%).
  • Obligation de notification depuis avril 2025: les exploitants d'infrastructures critiques doivent signaler les cyberattaques au BACS dans les 24 heures ; 145 incidents de ce type ont été enregistrés au cours du deuxième semestre 2025.

Fin mars, deux fonds de données sur le thème des cybermenaces en Suisse ont été publiés en parallèle : la statistique policière de la criminalité et le rapport semestriel de l'Office fédéral de la cybersécurité (OFCOM ). Bien qu'à première vue, ces deux sources traitent des cyberincidents, elles couvrent des domaines différents et ne sont pas directement comparables. C'est précisément pour cette raison qu'il est intéressant d'examiner les deux statistiques ensemble.

La statistique policière de la criminalité recense, sous le terme générique de cybercriminalité, les infractions commises dans l'espace numérique, c'est-à-dire sur les réseaux de télécommunication ou sur Internet. Selon le mode opératoire, ces infractions sont réparties dans les catégories suivantes :

  • Cybercriminalité économique
  • Cyberdélits sexuels
  • Cyber-attaque à la réputation et comportement déloyal
  • Commerce illégal sur le darknet
  • Fuite de données

Un coup d'œil sur les chiffres (cf. graphique interactif ci-dessous) montre que la grande majorité des incidents sont imputables à la cybercriminalité économique. C'est également cette catégorie qui est responsable de la forte augmentation continue des cas de cybercriminalité jusqu'en 2024, et qui s'est stabilisée à un niveau élevé depuis lors. Dans les autres catégories, le nombre de cas est soit constant dans le temps (cyberdélits sexuels), soit en léger recul (cyberintimidation et comportement déloyal), soit encore volatil à un niveau très bas (commerce illégal sur le Darknet et fuite de données). Indépendamment de la catégorie, il faut s'attendre à ce que toutes les infractions effectives n'aient pas été connues, ce chiffre dit noir variant fortement selon la catégorie(OFS 2026).

Cliquez sur les statistiques de la cybercriminalité

Le graphique interactif des statistiques cybercriminelles vous permet de parcourir les données selon vos intérêts. Voici comment il fonctionne :

  • Cliquer sur les zones hachurées pour voir les sous-catégories correspondantes
  • Cliquer sur la surface blanche du diagramme ou sur le chemin de navigation pour revenir à la catégorie supérieure
  • Les catégories du niveau actuel peuvent être affichées ou masquées en cliquant sur les cases de légende correspondantes. Pour les petits nombres de cas, les surfaces ne sont pas visibles au début. Dès que les catégories avec un grand nombre de cas sont masquées, celles avec peu d'incidents peuvent être mieux analysées.
  • En plaçant le curseur sur les différentes surfaces, le nombre de cas et - sous le graphique - la définition de la catégorie correspondante s'affichent.

Les facettes de la cybercriminalité économique

En analysant les chiffres de la cybercriminalité économique, on constate que le "hacking" - un terme encore souvent utilisé comme synonyme de nombreux cyberdélits dans le langage courant - a finalement beaucoup moins d'importance que le phishing par exemple. Cette dernière catégorie, qui regroupe les stratégies visant à s'approprier des données personnelles ou confidentielles par des moyens non autorisés, affiche d'ailleurs la plus forte hausse, tous types de délits confondus. Le nombre de cas a été multiplié par cinq depuis 2021 pour atteindre plus de 7 400 cas en 2025.

En termes de volume, une autre sous-catégorie de la cybercriminalité économique dépasse tous les autres modes opératoires : la cyberfraude. Les presque 40 000 délits recensés en 2025 dans cette catégorie englobent des modes opératoires aussi divers que l'utilisation abusive de systèmes de paiement en ligne ou d'identités étrangères, l'escroquerie aux petites annonces ou aux fausses annonces immobilières, les romance scams et la fraude aux PDG qui fait actuellement rage (voir encadré).

Fraude du CEO : les PME invitées à agir

Le BACS met lui aussi régulièrement en garde contre ce type d'escroquerie. Pour prévenir autant que possible un incident, le BACS recommande de mettre en place les obstacles techniques et organisationnels suivants :

  • Principe des quatre yeux ou signature collective pour les paiements ou les modifications des données de base.
  • Vérifier par un deuxième canal déjà connu, par exemple en sécurisant par téléphone une demande de paiement.
  • Ne pas accorder d'exception dans les processus existants, même si les instructions proviennent directement du niveau C.
  • Configurer le serveur de messagerie de manière à ce que les e-mails provenant d'expéditeurs externes soient marqués comme tels dans l'objet. Cela permet d'éviter les risques de confusion.

Autre objectif, autre mode opératoire

Si l'on compare les chiffres des statistiques sur la cybercriminalité avec les signalements volontaires de cybermenaces par la population et l'économie figurant dans le rapport semestriel de l'OFSP, on constate des tendances similaires. Ici aussi, la cyber-escroquerie et le phishing sont responsables de la majorité des cas.

Mais les chiffres de l'OFSP sont surtout intéressants lorsqu'on se penche sur les cyberincidents qui doivent être déclarés pour la première fois. Depuis le 1er avril 2025, les exploitants d'infrastructures critiques, comme les organisations d'approvisionnement en énergie ou en eau potable, les entreprises de transport et les administrations cantonales et communales, sont tenus de signaler les cyberattaques au BACS dans les 24 heures suivant leur découverte.

Il apparaît que le "piratage" est le mode opératoire le plus répandu (20 %) pour les attaques contre les infrastructures critiques. Le vol de données d'accès (14 %), les attaques DDoS (13 %), c'est-à-dire les attaques contre la disponibilité d'une infrastructure, et l'utilisation de logiciels malveillants (11 %) jouent également un rôle important.

Enfin, il est intéressant de voir sur quels acteurs se sont répartis les 145 cyberincidents à déclaration obligatoire du deuxième semestre 2025. Les administrations publiques (25 %), les fournisseurs de services informatiques et de télécommunications (18 %), le secteur financier et des assurances (16 %) et les fournisseurs d'énergie (12 %) ont été les plus touchés.

Connaître les méthodes permet de se protéger

Cette brève analyse des données montre clairement que les PME et les particuliers ne sont pas touchés par les mêmes types d'attaques que les exploitants d'infrastructures critiques. Tous ont en commun le fait qu'ils doivent s'informer sur les menaces potentielles et connaître les méthodes actuelles des cybercriminels. Ce n'est qu'ainsi que les mesures de sécurité nécessaires peuvent être prises. Le BACS, qui fournit des informations spécifiques aux particuliers, aux entreprises et aux autorités, est une source d'information fiable à cet égard.

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Texte par Tobias Schlegel