La chirurgie robotique : saurons-nous la déployer avec intelligence dans nos hôpitaux et profiter de ses avancées sans mettre en péril le système ?

Le 29 juin 2026, la SATW et la SFITS ont réuni à Genève des professionnels de la médecine, de l’industrie, des assurances, du droit et de la politique pour poser ensemble les premiers jalons d’une évaluation de l’impact sociétal de la robotique chirurgicale.

Présentation dans une salle de conférence moderne, en présence des participants et de l'intervenante

En avril 2026, le CHUV a mis en service un système « Da Vinci Single Port » pour plus de 2,3 millions de francs, rejoignant ainsi l’Hôpital cantonal de Lucerne dans le cercle restreint des établissements disposant de ce robot chirurgical de dernière génération. Mais la technologie évolue constamment : les générations de robots se succèdent et la chirurgie robotique n’est déjà plus cantonnée aux seuls hôpitaux universitaires. La justification : une précision accrue, des séjours hospitaliers plus courts, une convalescence plus rapide, des coûts secondaires réduits.

Mais comment relever le défi du déploiement de cette technologie prometteuse et coûteuse dans nos hôpitaux, sans perdre de vue l’enjeu de fond : profiter au mieux des avancées de la chirurgie robotique en assurant un accès équitable aux soins et une utilisation efficiente des ressources ? La chirurgie assistée par robot promet beaucoup, mais son bénéfice réel reste encore difficile à quantifier de manière systématique. C’est précisément à cette question que s’est consacré un atelier organisé par la Swiss Foundation for Innovation and Training in Surgery (SFITS), en partenariat avec la SATW.

Les « 5P » : cinq regards sur une même technologie

Une quinzaine de professionnel·le·s ont répondu à l’invitation à Genève, parmi lesquels des chirurgien·ne·s opérant avec assistance robotique, des administrateur·trice·s et directeur·trice·s d’hôpitaux, des représentant·e·s de Medtronic et d’Evidone, des expert·e·s en assurance de CSS et du Groupe Mutuel, ainsi qu’un avocat spécialiste des personnes morales et un économiste de la santé et ancien conseiller d’État. Ils représentaient les cinq parties prenantes centrales de la robotique chirurgicale, les fameux « 5P » :

  • Patient·e·s
  • Prestataires de soins (hôpitaux, personnel du bloc opératoire, soignant·e·s)
  • Producteurs et fournisseurs de robots
  • Payeurs (assureurs, financeurs)
  • Prescripteurs politiques (cadre légal, politique de santé)
Les participants écoutent attentivement

Des professionnel·le·s de la médecine, de l’industrie et de la politique suivent la présentation d’ouverture.

L’atelier était animé par Nicolas Sicky (SFITS), qui a mené la discussion avec finesse à travers les deux phases de travail, privilégiant une approche résolument transdisciplinaire.

De l’état des lieux à une réflexion de valeurs communes

Dans une première phase de travail en groupe, chaque partie prenante a exposé sa propre lecture des effets positifs et négatifs du déploiement de la robotique chirurgicale, de la pression à l’investissement aux questions de protection des données, en passant par l’évolution de la relation entre soignant·e·s et patient·e·s et à son impact sur le rapport humain. Une première cartographie des impacts s’est ainsi dessinée, bien plus nuancée que ne le laisserait supposer la constante progression des robots dans nos hôpitaux.

Lazare Benaroyo et Csaba Azau ont ensuite rassemblé ces éléments sur un plan de valeurs communes, en s’appuyant sur la Déclaration universelle de l'UNESCO sur la bioéthique et les droits de l'homme ainsi que sur la méthode du mathématicien et philosophe Ferdinand Gonseth, dont la « philosophie ouverte » (ou idonéisme) part du principe que la connaissance n’est jamais définitive, mais se construit dans un dialogue permanent entre différents points de vue. Sur cette base, les participant·e·s ont poursuivi leurs échanges en petits groupes, cherchant à mettre en évidence les zones de tension que les impacts identifiés sont susceptibles de générer dans la mise en application des valeurs communes.

Les participants discutent lors d'une table ronde

Les participants approfondissent, en petits groupes, les critères d'impact identifiés.

Et maintenant ?

Pour la SATW, cet atelier illustre parfaitement une conviction : seule la mise en commun de disciplines différentes permet de saisir véritablement l’impact sociétal d’une nouvelle technologie. C’est en articulant expertise médicale, technique, économique, juridique et éthique qu’on obtient une image complète, et qu’on pose les bases de critères d’évaluation futurs, solidement fondés sur le plan scientifique.

La SATW remercie la SFITS pour ce partenariat fructueux et son accueil enthousiaste, ainsi que l’ensemble des participant·e·s pour des échanges généreux, ouverts et engagés. Une synthèse détaillée des résultats est actuellement en préparation ; elle servira de base à un futur catalogue de critères pour évaluer la robotique chirurgicale.

En bref : qu’est-ce que la robotique chirurgicale ?

Les robots chirurgicaux sont des systèmes informatisés qui assistent le personnel médical dans l’exécution précise d’interventions chirurgicales, par exemple grâce à une manipulation plus stable des instruments ou des accès moins invasifs. Déjà dans son Technology Outlook 2023, la SATW estimait le potentiel de cette technologie comme important pour la place industrielle suisse : les exigences élevées de précision et de fiabilité correspondent bien au standard de qualité helvétique et justifieraient des prix élevés ainsi que de bonnes marges. Le même rapport soulignait toutefois déjà que fabricants et hôpitaux devraient démontrer, non sans effort, l’utilité économique réelle de ces nouvelles applications.

Contributeur·rice·s

Rôle Titre + Nom
Texte par Fabienne Marquis Weible