TecToday: Biotech

Que ce soit sur le front des nouveaux vaccins à ARN messager, des dépistages ou du développement de traitements, la recherche et l'industrie biotechnologique de notre pays sont activement impliqués dans la lutte contre la Covid-19.

Durant cette semaine, la SATW partage avec vous une sélection de contenus autour de ce thème. Nous aborderons également les potentiels de ces technologies au-delà de leurs applications médicales actuelles.

En partenariat avec Heidi.news, vous pouvez nous transmettre toutes vos questions durant la semaine au moyen du formulaire en bas de page. Un panel d'experts y répondra le vendredi 16 avril.

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L'écosystème biotech

La Suisse dispose d'un écosystème varié d'instituts de recherche, startups et entreprises actifs dans les biotechnologies. Tour d'horizon de leur engagement contre la crise sanitaire actuelle.

 

Vaccins, traitement et diagnostics

Les vaccins à ARN messager promettent une efficacité particulièrement élevée. On vous explique comment ils fonctionnent et quelle est l'histoire de cette technologie prometteuse, pour les vaccins et au-delà. Autre application des biotechnologies, les traitements à base d'anticorps monoclonaux sont souvent cités parmi les pistes de traitement les plus prometteuses. Les sociétés biotechs de notre pays sont également impliquées dans le séquençage du génome du coronavirus, afin d'identifier les variants.

 

Production

Découvrez comment ces traitements sont produits. Des procédés hautement technologiques maîtrisés par une poignée de sociétés à la pointe de leur domaine.

 

 

Perspectives

Au-delà de leurs applications médicales, comme le développements de vaccins ou le traitement du cancer, les techniques utilisées offrent des perspectives fascinantes. Nous vous proposons également un aperçu du domaine de la biotechnologie industrielle, ou comment fabriquer à peu près tout à partir de procédés biologiques.

 

Ma compagne a eu la covid en novembre 2020, mais je ne l'ai pas eu. Tests PCR et sérologique négatif. J'ai un asthme que je traite au Seretide 250 (proprionate de fluticasone) depuis 25 ans et je l'ai utilisé régulièrement depuis octobre dernier comme avant chaque hiver. J'ai lu dans Heidi News hier que des recherches britanniques montrent une certaine activité des corticoïdes inhalés pour le traitement de la covid-19. Est-ce que ces mêmes corticoïdes inhalés pourraient empêcher une infection du SARS-CoV-2? Si non, comment expliquez vous que je n'ai pas été infecté alors que je vis avec ma compagne, ne respectons pas les gestes barrière?

Steve Pascolo: Il est difficile d’évaluer votre cas particulier sans avoir davantage d’informations sous la main. Plusieurs hypothèses sont envisageables: est-ce que vous n’avez effectivement pas été infecté, ou alors est-ce que cette infection est passée inaperçue? Est-ce que vous avez été infecté mais n’avez pas développé de séropositivité, ou les tests sérologiques n’ont pas détecté les anticorps par exemple.

Les corticoïdes peuvent effectivement être utilisés dans les traitements de la Covid-19, c’est d’ailleurs l’objet de l’article de Heidi.News que vous citez à juste titre dans votre question. A ce jour cependant, je n’ai pas connaissance d’indications qui iraient dans le sens d’un effet protecteur des corticoïdes inhalés face à une infection au SARS-CoV-2. C’est peut-être une piste de recherche intéressante à creuser. Je vous conseillerais d’en parler avec votre médecin traitant pour voir ce qu’il en pense.

A l’issue de leur période de « quarantaine » de dix jours, les malades du Covid qui ne présentent plus de symptômes peuvent reprendre une vie normale. Leur organisme a encore du virus puisque si on leur fait un test il sera probablement positif. Peuvent-ils encore transmettre le virus? 

Steve Pascolo: Il est toujours possible que plusieurs jours après la fin des symptômes, les tests PCR détectent encore des résidus ou traces du virus ayant provoqué l’infection. Pour ce qui est de votre question, en principe 10 jours après la fin des symptômes on devrait effectivement être non contagieux. Mais comme il existe toujours une possibilité d'exception, il est toujours recommandé d’observer les gestes barrières et le port du masque.

Charles Christy: Cette durée de 10 jours provient de l’observation empirique que 9 jours après la disparition des symptômes, on peut raisonnablement exclure le risque de contagion. Mais je me joins à la réponse de Steve Pascolo: pour davantage de sécurité, il est toujours recommandé de respecter les mesures de protection.

Pourquoi, alors que je suis vacciné (Moderna) dois-je quand même me soumettre à un test PCR pour aller voir notre fils en France et à un autre test (le même ?) avant mon retour en Suisse ainsi qu’une quarantaine une fois revenu ). Et, subsidiairement, est-ce vrai que des personnes vaccinées peuvent malgré tout être à nouveau contaminées?

Steve Pascolo:  Si les vaccins offrent une protection très haute, elle n’est jamais à 100%. Dans les cas des principaux vaccins à ARN messager, on parle d’une protection de 95%, ce qui est déjà tout à fait remarquable. Cela signifie que sur un échantillon de 100 cas COVID-19, 5 seront parmis les personnes vaccinées (et 95 chez les non vaccinés). Donc, même si elles seront plus rares, on continuera à avoir des cas de Covid-19 même chez des personnes qui ont été vaccinées. La bonne nouvelle, c’est que du côté des risques de complications graves, voire de décès, les vaccins nous protègent presque totalement. Et au niveau de la population, ils permettent d’atteindre rapidement une immunité de groupe de nature à arrêter l’épidémie.

Les tests d'AC ne sont-ils pas suffisamment fiables ? Sinon, cela pourrait éviter de vacciner systématiquement des personnes ayant été infectées dans les 6-9 mois précédents et épargner marchandise et argent.

Steve Pascolo: Oui, les tests antigéniques sont fiables. Mais quand on parle de fiabilité, elle n’est évidemment jamais de 100% et dépend de plusieurs facteurs, notamment la manière dont ces tests sont réalisés. Lors d’une infection, notre corps va produire certains anticorps qui ne seront par exemple pas toujours efficaces contre une autre source du virus. Par exemple, il semble que les personnes infectées l’an dernier par la souche de Wuhan soient vulnérables à la souche sud-africaine. La vaccination dans ce cas est donc parfaitement recommandée. La qualité de l’immunité acquise suite à une infection peut en outre être assez aléatoire en fonction des individus. En définitive, c’est le vaccin qui agit comme la meilleure protection contre une nouvelle infection. Il permet en quelque sorte d'homogénéiser cette protection.

 

Comment est effectivement fabriqué l’ARN messager? Ça n'est pas clair dans les articles que vous avez publié.

Hans-Peter Meyer: Le processus n’a aucun secret et est connu depuis longtemps. Pour faire court, c’est un processus enzymatique. On va créer une copie d'une région d’un brin d’ADN en utilisant des enzymes qui effectuent la copie de l’ADN en ARN (on parle d’ARN polymérases). Les entreprises biotechnologiques ont industrialisé ce processus pour la production de vaccins à ARN messager par exemple. Steve Pascolo utilise souvent l’image de la photocopieuse à ce sujet.

Steve Pascolo: En effet, c’est une image que je trouve assez parlante. On prend une page d’un livre (l'ADN), on le met dans une machine (ARN polymérase) et on lance le processus pour créer des milliers de copies de cette page (l’ARN). Avec cette technique, quelle que soit la page du livre, on obtient toujours une copie exacte. C’est tout ce qui fait la beauté de cette technique et qui permet d’obtenir des quantités importantes d’ARN messager de manière robuste, fiable, simple et rapide.

 

Dans l’interview sur Heidi News, Hans-Peter Meyer dit que l’on pourrait se passer de pétrole avec la biotechnologie industrielle. Quelle serait alors la matière première utilisée?

Hans-Peter Meyer: Dans le cas de la biotechnologie industrielle, on utilise principalement la biomasse comme matière première: cellulose, lignine, amidon, etc. C'est-à-dire de la matière provenant des plantes, du bois, des algues. En passant, petite parenthèse, le pétrole est aussi de la biomasse à l’origine, transformée par des millions d’années. En dehors des matières premières utilisées, un des gros avantages de la biotechnologie industrielle est qu’elle permet de se passer des méthodes de catalyse chimique. On a donc un processus de production beaucoup plus efficient, plus propre et qui produit significativement moins de déchets.

 

On n’entend plus beaucoup parler des OGM dans l’agriculture. Où en est-on au niveau de la recherche et est-ce qu’il y a encore des activités en Suisse?

Hans-Peter Meyer: La culture d'organismes génétiquement modifiés (OGM) à des fins commerciales est interdite depuis novembre 2005 en Suisse. Depuis l'introduction de ce moratoire, la plupart des entreprises actives dans ce domaine ont soit abandonné leurs activités dans le domaine, soit quitté le pays, en grande partie pour les Etats-Unis. Alors que la Suisse disposait de compétences de pointe dans ces domaines, il ne reste aujourd’hui plus que quelques projets de recherche qui se comptent sur les doigts de la main.

Le Conseil Fédéral a annoncé vouloir prolonger ce moratoire qui arrive à échéance en décembre 2021. 

A la lumière des nouvelles technologies d’édition génomique comme CRISPR-Cas9, je trouverais intéressant de remettre ce sujet sur la table. Avec CRISPR-Cas9, on dispose d’une technologie beaucoup plus précise et fiable que les outils utilisés il y a vingt ans, lors des discussions autour de ce moratoire sur les OGM. La recherche a fait de nombreux progrès en presque une génération. Il faudrait un nouveau débat public autour des opportunités et des risques effectifs de ces technologies face aux défis sociétaux et environnementaux qui nous attendent.

Pourquoi la Suisse est passée à côté de la recherche sur l’ADN messager? Aucune entreprise ou institut de recherche actifs dans le domaine?

Steve Pascolo: Je ne dirais pas que la Suisse est passée à côté de la recherche sur l’ARN messager. Elle a été le 2e pays au monde à travailler sur des essais cliniques avec les vaccins ARNm, en 2006 déjà. On a été en pointe à un moment donné et ensuite on a perdu une décennie. Mais plus que la Suisse, c’est en fait le monde entier qui est passé à côté. Sauf peut-être en Allemagne où par miracle on a eu deux entreprises qui ont développé ce nouvel outil vaccinal et thérapeutique. Au sein des communautés scientifiques et médicales, il y avait ce préjugé tenace que l’ARN messager était beaucoup trop fragile pour en faire quoi que ce soit, ce qui a conduit la plupart des équipes de recherche à ne pas travailler avec cette molécule.

 

Comment expliquer que l’élaboration des vaccins ait été aussi rapide? Est-ce que l’on peut faire confiance?

Charles Christy: Il faut quand même rappeler que l’on n’est pas parti de zéro. De nombreux projets de recherche ou études cliniques utilisant la technologie des vaccins à ARN messager étaient déjà en cours. Le contexte d’urgence a ensuite poussé les Etats à investir des montants importants dans la recherche de vaccins et à accélérer les démarches de mise en place des essais cliniques. La compétition mondiale entre entreprises pharmaceutiques a aussi joué un rôle.

Steve Pascolo: Avec les technologies traditionnelles de production des vaccins, il faut tout réévaluer, réadapter, recommencer à chaque changement. Alors qu'avec l'ARN on “met en marche la photocopieuse” et c'est bon. Cette précision et cette flexibilité sont pour moi vraiment un aspect fantastique des vaccins à ARN messager.

 

On entend souvent dire que la technique des vaccins à ARN seraient efficace contre le cancer. Où en est-on de la recherche?

Steve Pascolo: Effectivement, les vaccins à ARN messager sont aussi en développement dans les thérapies contre le cancer. Les premiers vaccins que nous avions développés avec CureVac ciblaient d’ailleurs le mélanome. Aujourd’hui, ils sont encore peu efficaces seuls et sont combinés avec d'autres traitements comme la radiothérapie ou la chimiothérapie. Il existe plusieurs études en phase 1 ou 2, le traitement le plus avancé à l’heure actuelle étant peut-être celui de BioNTech dont les études cliniques devraient aboutir dans les 2 ans. On peut donc espérer voir arriver régulièrement de nouveaux traitements à base d’ARNm dans les prochaines années.